Cirta : Au commencement était le tragique


Ma première rencontre avec la Ville de Constantine, la Ville des « Mille et une Tristesses », remonte à 1990 à l’orée de mes 28 ans. Seul, dans la pénombre d’une chambre d’Hôtel, le « Jugurtha » si la mémoire ne me trahit pas, je feuilletais durant toute une nuit l’œuvre théâtrale de Mouloud Mammeri, « Le Foehn », une œuvre qui allait m’introduire vers ce Monde Algérien, bien décrit par Katb Yacine, dont la beauté intime n’avait d’égale que cette tragédie plusieurs fois millénaires qui jaillissait des entrailles de ces lieux, de cette ville antique : Cirta.

Je ne savais ce qu’il y avait d‘envoutant dans cette ville, si bien décrite par ses natifs, qui m’étreignait dès la première ruelle arpentée par ce mélange subtil fait d’Histoire, de musique, d’art, de littérature et de politique.

A bien des égards, je m’en rends compte aujourd’hui, cette ville exhalait les relents d’une destinée contrariée. Constantine reste, en effet, le symbole de ces villes porteuses de rêves inachevés, abandonnée à l’image de ses vieux quartiers tombés en ruine.

« Sur tes ponts suspendus nous nous sommes rencontrés et qu’elle fut belle notre rencontre avec ce qu’elle charriait comme espérances et renoncements ». Ainsi parlait, à quelques variations prés, Ahlam Mosteghanemi dans son roman-épitaphe « La Mémoire du corps » et elle avait raison.

Constantine, à l’instar de Cherchell, est bel et bien la Ville des rendez-vous manqués avec l’Histoire et avec les Hommes. Elle en porte, depuis, le Deuil. Celui des pays irrémédiablement perdus.




Mémoire de Constantine 1990
Écrit en Novembre 2018
Elias Loundja