Le Droit à l’apaisement



Mon âme saigne de cette tragique absence qui n’a de cesse d’oppresser mais maigres espérances de trouver l’apaisement. Je ne sais si tu es encore de ce Monde ou si tu vis encore de cette même espérance qui me hante de pouvoir réconforter la même Âme que nous sommes.

Aujourd’hui, encore une fois, comme un éternel recommencement aux issus incertains, je suis revenu vers le Souf, ce triste et tragique pays qu’est El Oued, pour arpenter les rues et les cordons dunaires qui ont vu nos âmes deux fois s’embraser alors que nous n’avions que vingt-cinq printemps. Je suis revenu promener notre regard à deux sur les dunes à la tristesse et la beauté légendaires. Je suis revenu dans cette région ou jadis, durant les années 90, je recherchais notre âme estropiée et tourmentée.

Je suis revenu vers le Souf à l’appel de notre Âme pour te retrouver comme en ce début du 19 siècle quand, sur les même routes que je contemple en ce moment, tu étais cette cavalière Soufi, venue de la Russie Tsarine, qui chevauchait l’immensité désertique de l’erg oriental en quête d’absolu et d’apaisement, et que je n’étais que ce cavalier Arabe que tu as tant aimé et pour lequel tu as consenti le sacrifice suprême. De ce vécu lointain il ne reste qu'une sépulture à Ain Sefra, aux portes du désert. Depuis, notre Âme vague au grès du temps qui s’écoule inexorablement. De ta Russie d'origine à El Oued et Kenedsa, de ta Suisse native à Marseille puis à Montpellier, de Ain Sefra aux contrées marines du Chenoua, notre Âme disloquée errait en quête d'unité dans la grande unité de Dieu

Plus rien ne me consolera dans ce Monde que de te retrouver et reconstruire notre Âme à deux. Je te recherche encore et je te chercherai éternellement ici ou dans l’autre Monde, porté que je suis par ce vaste mouvement des étoiles et de l’éternité qui ne saurait s’estomper.

C’est que notre Âme à besoin d’apaisement, de réparation et d’unité.

Meftahi Said
El Oued, le 4 Avril 2019