Mémoire de l'eau

« Je ne sais quoi tout me blesse dans ce qui m’entoure. La longueur de l’attente ? Sans doute. Ou ce manque de ta présence ? Ou le fait de changer d’espérance à peine en ai-je réchauffé une ?
Mohamed Dib. Le sommeil d’Ève.

Césarée, Cherchell, ta fontaine
Antique
Belle et pathétique
Venue des fonds âge.
Là tu étais !
Témoin de notre naissance,
Avant que nous soyons nés.
Quand dans tes eaux et tes yeux
Étions des Bonheurs en gestation
À la source de ta mémoire douloureuse.
Mémoire de l’eau,
De l’enfance, de nos naissances, de cet Amour
Qui coule comme ton eau bénite dans mon sang
Témoin, tu le seras, malgré tout, en dépit de tout
De ce que je t’ai aimée sans t’avoir connue
Toi, si constante face au temps qui déchire
Toi fontaine de Césarée
Je t’ai aimée


Prague, Jardin de l’enfance, ta fontaine
Belle et candide
Tu as bercé mon cœur au fil du temps
Temps de grandir et de vieillir comme toi
Temps d’apprendre à l’Aimer dans ses bourgeons
Temps de promener mon âme sur tes algues
Temps de tromper mes tristesses dans tes eaux
Temps de revenir
Te retrouver
Te réinventer
Belle et pathétique comme ta consœur de Césarée
Mémoire de l’eau
De l’enfance, de nos naissances, de cet Amour
Qui coule comme ton eau bénite dans mon sang
Témoin, tu le seras à ton insu
De toutes mes naissances, de toutes mes morts
De cet Amour qui coule dans tes éternelles sources
Toi, si persévérante face au temps qui déchire
Toi fontaine de Prague
Je t’ai aimée

Ain Fouara, Sétif, ta fontaine
Femme inconnue contemplant de ton piédestal
Mes déchirements cruels, cette folie apprivoisée.
Tu as bercé mes tristesses et irrigué mes déchéances
Belle et candide, Ain Foura
Témoin, à ton corps meutri
Tu l’auras été !
De cet Amour-mort qui reviendra !
J’ai bu ton eau dans cet espoir
De Revenir vers toi
De revenir éternellement Même Mort,
Revenir même en mots, même en maux
En souffrance enlacée et aimée s’il le faut
Mémoire de l’eau
De cet Amour qui défie l’oubli et la mort
La mienne, la notre
De cet élixir Qui embaume mon âme
Témoin, tu le seras à ton insu
De toutes mes naissances, de tous mes renoncements
De cet Amour qui coule dans tes éternelles sources
Toi, si persévérante face au temps qui déchire
Toi Ain El foura, Sitifis
Comme tes consœurs de Césarée, de Pargue
Je t’ai aimée


Mémoire de l’eau, de la passion, de la patience
Mémoire Éternelle de l’Amour
L’Amour, cet Amour
Qui m’érode et m’échappe des mains, l’eau !
L’eau ! Ainsi soit-il !
L’eau, cet Amour
Amour qui me remplit, me vide et m’encercle
Amour qui me prend et me ramène
Me perd et me retrouve
M’oublie et me remémore
M’organise anniversaires et funérailles
M’invente des beautés aux aurores enflammés
M’incinère, livrant mes cendres à la Mer
Me fait habiter les étoiles, les soleils, les déserts Garamantes
L’eau ! Ainsi soit-il !
L’eau, cet Amour
Qui me conjugue à toutes les cruautés de la Vie
M’offre larmes et sourires espiègles
Amour Éternel beau de cette insondable cruauté
Mémoire de l’eau
Mémoire de l’absente



Elias Loundja
Alger le 13 Novembre 2011