Rêve oasien
Ce matin, éclairant l’envoutante oasis d’El Goléa, vient me rappeler que les ressorts de la Vie sont si fragiles et le bonheur éphémère. Dans mon sommeil matinal, j’écoutais l’écho de tes pas feutrés et ressentais l’odeur du café embaumant la maison, la nôtre qui n’a jamais existé que dans mon rêve de papillon, et je dis que la Vie, ce don souverain, est bien là tenant à presque rien. Juste quelques odeurs, un frémissement de palmiers ou des gouailleries d’enfants jouant dans l’insouciance juste à côté derrière la muraille de notre maison.
Je te revois papillonner autour de la petite table du petit déjeuner, ouvrant telle fenêtre ou tirant des rideaux pour laisser la lumière de la Vie oasienne nous pénétrer de sa vigueur. Je te regardais, les yeux mi-clos, tournoyant t’apprêtant à recevoir la Vie pour laquelle tu m’invitais à prendre part comme si elle devait s’éterniser.
Tu étais là, l’être diaphane aux espoirs têtus et aux désillusions tenaces, dont les pas touchaient à peine la terre bénie sur laquelle Dieu nous a fait naitre ensemble. Tu étais bien là et ton regard suffisait à atténuer un tant soit peu cette indicible douleur d’aimer ainsi, sans explication aucune comme l’écoulement naturel des oueds, sans une quelconque attente. Sans Espoir.
Je te revoie encore, ce matin comme tous les matins depuis une éternité, penchée sur Moi, enlacé que j’étais dans les bras de Morphée, m’invitant à partager ton rêve pétri de beautés célestes et de candeurs. Tu disais qu’au fonds, nous n’étions rien l’un pour l’autre mais, aussi paradoxal que cela puisse paraitre, nous étions Un et partagions des sentiments autrement plus profonds que cet Amour si galvaudé de nos jours. Nous étions cette union sacrée de l’Âme et de la Terre, du palmier et de l’oasis, nous étions les deux versants d’une même Vie, d’une même destinée.
Progressivement, j’ouvrais les yeux pour rencontrer les tiens si insolents de tristesse pour contempler la Vie, la nôtre, et pour te remercier de m’offrir ta bonté et ta présence, tes rêves et tes espérances qui n’ont d’égaux que cette absence sidérale et ce silence oasien qui nous entoure. Ce matin, comme tous ces matins oasiens, je me réveillais pour t’accueillir dans ce rêve obstiné de l’enfant qui n’a jamais voulu grandir.
Ce rêve dont je suis présentement le narrateur.
Elias Loundja
