Notre si fragile Condition Humaine


Il y a dans cette insatiable frénésie de l’écriture une certaine façon de conjurer l’assourdissante absence qui règne en maitresse des lieux de notre vie. Pourtant, ce n’est certainement pas la perspective de ressusciter des horizons perdus qui m’anime. Il ne sert à rien de ressusciter le passée, bel et bien enterré, ni de le convoquer en nostalgie. Il s’agit de le dépasser, de le surmonter et de passer à « autre chose » comme le dirait le commun des mortels. De se réinventer de nouveaux horizons, d’aller de l’avant et d’oublier.
 
Notre si fragile condition humaine n’est que cela, une quête inassouvie d’absolu, de l’ailleurs et de l’ « autrement ». C’est même la vocation même de ce qu’il convient d’appeler aujourd’hui la littérature qui, face à la déception à l’égard de l’expérience de la Vie, fait que les hommes et les femmes entreprennent d’en créer une autre, plus belle, faite d’imaginaire sublimé, conforme à nos aspirations intérieures.

Mais que dire alors de cette quête obstinée qui m’habite depuis des décennies alors que ma vie tire à son crépuscule ? Pourquoi ne suis-je jamais parvenu à tirer un trait sur notre belle et tragique Histoire sans patrie et sans identité ? Pourquoi sommes-nous ainsi condamnés à nous rencontrer puis à nous déchirer inexorablement sans espoir de se réapproprier notre Âme à deux ? Pourquoi sommes-nous condamnés à errer tels des damnés quand notre Âme, à deux, n’aspire qu’à l’apaisement, la quiétude et l’Unité ?

Amours tragiques et Âme estropiée, silences sidéraux et renoncements, absences, errances et exiles sans cesse recommencés. Voilà ce qui nous habitent et qui nous habillent. Demain personne ne saura que l’on a existé, ni tes enfants ni les miens n’en sauront quelque chose de cette folie qui nous a unis dans cette grande affection sacrée construite avec la complicité du Ciel. Nous n’aurons ni sépulture ni « tumulus » pour symboliser nos maigres espérances et témoigner, pour la postérité, de ce que notre rêve a bel et bien existé ici même sur terre

Nous mourrons et nous serons poussières portés par les vents. Je serai peut-être ce limon sur lequel tu pousseras et tu seras, peut-être, la matrice qui me donnera, une nouvelle fois, naissance.

Voilà pourquoi je suis amené à tresser ces mots que tu liras peut être un jours si Dieu le veut. Une façon comme une autre de conjurer la destinée et donner Sens et Vie à notre Âme.

Notre Âme, la seule, dédoublée en deux destinées terrestres tragiques.

Elias Loundja