Je te parlerai de ces lieux


Cher Djamel

Déjà quatre années que tu es parti pour cet odyssée vers l’éternité. Que le temps passe vite et qu’inconsolable est restée mon âme ! Tes enfants ont bien grandi et, en eux, j’ai encore cet insigne privilège de contempler les traits fins de ton visage dont je perçois, encore à ce jour, les moindre rictus et tes yeux rieurs du « Gavroche » de la Casbah.

Franchement, rien n’est plus et plus rien ne sera comme avant. Depuis ce funeste mois d’octobre 2017, la vie s’est parée d’un deuil sibyllin. Oui, « La vie est absurde », comme le relevait Albert Camus cet autre enfant terrible de Belcourt, et il est difficile de survivre à ceux et celles, nombreux et nombreuses, qui ont prématurément tiré leur révérence.

Je ne me suis pas encore recueilli sur ta sépulture, à « Ben Akoun », pour la simple raison est que, pour moi, tu es encore vivant parmi nous. Une revanche sur le sort ? Certainement que oui !
Je suis encore béni par la présence de tes enfants, juste à côté, qui témoignent de ce que tu as été un « Homme» à l’image des petits citoyens dont le courage et l’abnégation me permettent d’espérer encore en ce pays. Dans leur regard je te vois et je revois le monde magique de notre jeunesse ensemencée de belles étoiles et embaumant le jasmin et le « Mesk Ellil » de ces temps bénis de notre antique Casbah.

Ton voyage pour l’éternité n’a pas été vain puisqu’il me permet, désormais, d’accéder à un autre monde que je n’échangerai pour aucun autre : celui des gens humbles de la terre pour lesquels vivre ou mourir sont tout aussi simples que l’écoulement des petits ruisseaux et le frémissement des arbres épris du vent. En cela je ne t’étonne guère, je le sais, car tu me le disais souvent « nous sommes des montagnards ». C’est ce que nous sommes effectivement.

Au passage, sache cher ami que l’institut pour lequel tu as donné les meilleures années de ta vie a baptisé un auditorium en ton nom. Vanité, me diras-tu ? Rien ne résiste au temps et, pour paraphraser Léo Ferré :

Avec le temps, va, tout s'en va
On oublie les passions et l'on oublie les voix
Qui vous disaient tout bas les mots des pauvres gens
Ne rentre pas trop tard, surtout ne prends pas froid »

Mais, pour moi, le temps n’y changera rien. Je te le promets. Je viendrai te rendre visite à Ben Aknoun et je te parlerai de « Padovani », du « café Tlemcani » ou de la petite « J’Nina ». Je te parlerai de ces lieux qui sont autant de bains de jouvence pour nos Âmes.

Je me console à l’idée que tu sois descendu juste à l’arrêt d’avant de ce train qu’est la Vie. Je descendrai au prochain. C’est une certitude

Nous nous rencontrerons, alors.










En Hommage à Djamel Nekkab