De Madison à Djanet : ou la perpétuelle errance
« Je ne sais pas si tu es en moi ou si je suis en toi, ou si tu m'appartiens. Une chose est sûre, je ne veux pas te posséder ». Rien de cela ne me séduit. « Je pense que nous sommes tous les deux à l'intérieur d'un autre être que nous avons créé et qui s'appelle "nous".
« En fait, nous ne sommes pas vraiment à l'intérieur de cet être. Nous sommes cet être. Nous nous sommes tous les deux perdus et nous avons créé autre chose, quelque chose qui existe seulement comme une fusion de nous deux ».
« Bien que (nous ne soyons) plus jamais (re) parlé, revu ou rencontré, nous sommes restés liés l'un à l'autre aussi profondément que deux personnes peuvent l'être. Je ne peux pas trouver les mots pour l'exprimer avec justesse. C'est (le « Tassili » de Djanet) qui l'a le mieux formulé quand il m'a susurré que nous avions cessé d'être deux (personnes) distinctes pour devenir une troisième personne formée de nous deux. Ni (toi) ni moi n'avons plus désormais existé sans cette troisième personne. Et celle-ci a été condamnée à errer sans fin » dans le temps qui nous érode et l’immensité des « regs » calcinés qui s’expose à mes yeux.
Mais dans le sillage de ce roman insolent de beauté, à tous les points de vue, et pour clore cette histoire pour le moins tragique, je redécouvre que, depuis la nuit des temps, nous étions la même âme que le temps a fragmenté et que ce dernier ressuscitera en poussière. Nous sommes ce grain de poussière qui n’aura de cesser de s’élever, inexorablement, emporté par les vents, les eaux et les saisons pour habiter les étoiles. C’est notre origine et notre essence, notre genèse et notre destinée.
Je trouve et je retrouve mon bonheur dans cet état de solitude intégral qui, de quelques éphémères et fragmentaires rencontres dans un passé si présent, m’offre ce don souverain qu’est l’Éternité car maintenant, je m’en rends compte, notre Histoire et notre rencontre participent de cette grande fresque et de la grande symphonie du ciel que je retrouve, ici, sculptées sur la les falaises du « Tassili N’Ajjer.
Djanet le 7 décembre 2021. Ressentis à partir du roman de Robert James Waller, « Sur la route de Madison ».