Tragiques destinées


Sur les Chrysalides, au firmament de la délivrance qui viendra. Dans le frétillement des vanesses, effleurant ton visage d’ange, je t’ai aimée. Ainsi Démentiellement.

A la rosée matinale, aux petits aurores éphémères, qui viendra étancher la soif de ta présence, je t’ai aimée. Ainsi. Démentiellement.

Dans tes présences et tes absences alternées. Sur l'écume de la vague, qui naitra et mourra à ton horizon, je t’ai aimée. Dans ce qu’il y a de plus beau, d’émouvant et de frémissant dans ce monde, je t’ai aimée. Ainsi. Démentiellement.

À l’éclosion de la vie, aux pleurs de l’enfant qui naitra, à l’épanouissement des jacinthes, je t’ai aimée. Au foisonnement du quartz de nos déserts brûlés, au ravissement des saisons, à l’instinct de survie des gazelles persécutées. Je t’ai aimée. Ainsi. Démentiellement.

Peu importe. Je t’ai aimée dans la sobriété du chêne et la constance de l’olivier ! Je t’ai aimée sur mes cristaux volcaniques assagis, sur mes soleils crépusculaires drapés d’eau bénite, je t’ai aimée ! Dans la beauté de ciel étoilé de l’enfance, à l’ombre chinoise des cierges allumés à tes chevets, sur les poésies écrites et jetées à la mer. Sur les plus hautes cimes de nos solitudes, dans les abysses de ma sage folie d’être, je t’ai aimée. Ainsi Démentiellement.

Sur mes peurs et les bas-fonds de nos lancinantes douleurs, sur les flottements de « l’exilée» que tu serais devenue, dans les tourments qui nous brisent, je t’ai aimée. Aux sourires de nos enfants, à la lumière triste de ton regard, aux clignements des cils de la femme que tu n’as jamais été pour moi, je t’ai aimée. Ainsi. Démentiellement.

Qu’importe nos sanglots ! Qu’importe si j’ai existé ailleurs. Qu’importe si tu n’as pas vécue en moi. Qu’importe ! Nous sommes nés d’une même folle espérance, ce jour où tout avait commencé, où tout allait finir ! Tu es née de Moi et je suis né de Toi et nous sommes morts ainsi !

Qu’importe ! L’essentiel est là, je t’ai aimée. Ainsi Démentiellement.

Dans le sublime regard de toute femme amoureuse, dans le doux souvenir de l’enfance qui s’obstine à nous quitter. Que nous refusons de quitter ! Je t’ai aimée. Peu importe. La vie et la tristesse, l’âge et l’instant, l’histoire et la tragique destinée. Qu’importe ! Sur nos soleils couchants mélancoliques, sur l’Etoile filante de nos destinées, sur mes candides certitudes, sur mes réveils printaniers et mes sommeils enneigés, je t’ai aimée ! Ainsi Démentiellement.

A la démesure. A la raison qu’il y a dans mes folies. A la folie qu’il y a dans mes raisons, je t’ai aimée. Dans la froideur de nos exiles. Le tien, le mien, le nôtre, ceux passés et ceux à venir, ceux d’ici et de là-bas. Aux abysses insondables des blessures, aux portes du silence ouvertes sur nos âmes, je t’ai aimée. Ainsi. Démentiellement.

Cherchell
Alors,
Pardonne
Pardonne mes démences et mes folies.
Pardonne mes démesures et mes rêves
Pardonne ce que tu peux pardonner !
Pardonne ma témérité et mes obstinations
Pardonne l’enfant qui ne veut me quitter
Pardonne le fantôme qui erre dans ta vie !
Pardonne ce que tu peux pardonner. De ceci ou de cela
Pardonne, oui, car plus loin a été ma folie !
Je l’ai aimée démentiellement, mon Dieu !

Je t’ai aimée dans mes prières dans cette foi qui m’a relié à la Vie. Je t’ai aimée. À Dieu, je l’ai confessé ! Je l’ai aimée démentiellement ! Je t’ai aimée par son Amour. Je l’ai aimé par ton Amour. Et je me suis égaré sur vos sentiers

À l’ébranlement de la Foi en toi. À ton Amour qui reviendra après la Fin des Mondes. Je l’ai aimée. Ainsi Démentiellement.

Beauté d’un Monde révolu
Beauté de l’Âme blessée
Beauté d’une vie vacillante
Beauté de l’enfant gravé sur ton visage
Beauté de l’Ange qui me regarde
Beauté ineffable
Née de Toi
Née en Moi
Ce jour où je t’ai aimée
Ainsi Démentiellement.


Commencé à Alger le 2 décembre 2011
Maturé dans les airs en allant vers le Caire (3 décembre 2011)
Finalisé à Nairobi (4 et 5 Décembre 2011)