Vanités!
Au commencement était la parole et cette dernière fut lumière des cieux sur cette terre bénie d’Algérie. Un pays tragique, d’Amour et de Sang, dont tu étais l’incandescente image que j’aimais, qui me hantait et qui m’a brisé irrémédiablement !
Gloire à Dieu pour ce Don Souverain !
Et par cette grâce tout avait mué, comme par enchantement, pour dire l’insolente et invisible beauté de ce Monde qui, subrepticement, se révélait à moi dans sa splendeur et ses subtilités dissimulées par la magie de l’enfance qui se refuse à mourir.
J’ai pu aimer, ainsi, et m’émouvoir devant un champ de blés ensanglanté de coquelicots timides et espiègles.
J’ai pleuré au regard de l’envol majestueux des Vanesses dans les oasis brûlées des soleils Garamantes et des féconds déserts de mon Ame.
J’ai cru en l’invisible Amour qui ne viendra sans doute jamais mais que j’attendrai éternellement !
J’ai accompagné l’humble complainte du palmier « brisé » des oasis de la Saoura endormies à l’ombre des horizons enflammés.
J’ai cru en tout cela. En tout ce qui viendra inéluctablement comme en ce qui se dissimule à mon regard résigné !
J’ai aimé et humé le bonheur des petits gens de la terre qui vivent et meurent, ainsi, avec l’éloquence et la grâce déconcertantes des Safrans qui naissent aux petits matins incertains.
J’ai aimé et senti l’âme des vieilles maisonnettes pierreuses en ruine abandonnées et des sentiers enherbés oubliés des Hommes.
Tu as été ainsi la porte par laquelle je suis venue dans cette dimension temporelle ou le tout grand infini était le miroir du tout infiniment petit, l’essentiel palpitant de la Vie. Et par cette grâce tout avait mué, comme par enchantement, pour dire l’insolente et invisible beauté de ce Monde qui m’était si étranger.
Soudain, tout ce monde s’est révélé à moi dans un dénuement total.
J’ai pu contempler en profondeur mon Ame et accepter de mourir si facilement pour renaitre en cendres et en poussières, devenir limon des terres qui porteront les fruits de nos arbres éternels.
J’ai accepté d’être oublié comme si je n’ai jamais existé, éphémère comme le trépas d’un oiseau dans l’œil du cyclone, comme une fleur enracinée dans la neige. J’ai accepté de mourir comme si je n’ai jamais existé ni en prose ni en poème, ni ruine abandonnée ni sépulture de l’aimée. J’ai accepté d’être oublié, libre de mes passées et de mes avenirs, libre de mes espoirs déçus, de mes paradis terrestres évanescents, de mes nostalgies candides.
Il ne restera que ces mots et ces paroles qui seront lumière des cieux sur cette terre bénie d’Algérie. Un pays tragique d’Amour et de Sang dont tu resteras la douce image que j’aimais, qui m’a pétri et m’a brisé irrémédiablement !
Gloire à Dieu pour ce Don souverain!
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