Heures mortes

Béni Hawa
 « Et à « Ténès », où il était arrivé comme en une patrie, le cÅ“ur bondissant de joie, Si Abderrahmane ne trouva de Lalia qu’une petite tombe grise, sous l’ombre grêle d’un eucalyptus, dans la vallée. Alors, Si Abderrahmane se vit sur le bord de l’abîme sans bornes, qui est le néant de toutes choses.

Il comprit l’inanité de notre vouloir et la folie funeste de notre cÅ“ur avide qui nous fait chercher la plus impossible des choses : le recommencement des heures mortes.

Et cependant, l’anachorète (qu’il était devenu des années plus tard) revoyait, des yeux de la mémoire, Ténès baignée d’or pourpre et la silhouette auréolée de Lalia l’inoubliée, et l’ombre complice des figuiers du Sahel, et les nuits de lune sur les coteaux de « Chârir », sur les lavandes d’argent et sur la mer, tout en bas, assoupie en son murmure éternel».

Isabelle Eberhardt- Pages d’Islam, 1932